Si l’éventail m’était conté…

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Je reviens aujourd’hui avec une belle histoire à vous raconter !

Beaucoup le savent, je suis très attachée à l’évolution de la tabletterie et à ses savoir-faire, solidement implantés dans l’Oise notamment aux XVIIIe et XIXe siècles.  

Mon amour de la nacre fut aussi nourri de toutes ces découvertes ! J’ai aimé découvrir ces histoires et les parcours de ces artisans qui ont travaillé cette noble matière pendant des décennies, que ce soit à Méru, à Andeville ou encore à Sainte-Geneviève, et ce, toujours pour en faire des merveilles !

J’avais déjà évoqué les boutons de nacre et leur fabrication dans un précédent article, mais aujourd’hui je voulais vous parler d’un accessoire de mode un peu oublié et véritable emblème de notre territoire…

L’éventail semble en effet sorti de ces temps anciens, alors que ces dames portaient de grands chapeaux et des robes encombrantes et que les charrettes reliaient Méru à la capitale, nos villages vivant encore de l’artisanat local.  

C’est cette ambiance-là que j’aimerais faire renaitre aujourd’hui dans vos esprits, et vous faire découvrir la petite histoire de ces éventails magiques et précieux, véritables sources d’émerveillement pour les pressés que nous sommes devenus, mirages d’une époque où le temps et la patience faisaient des miracles dans nos campagnes…

Des éventails en pagaille !

La fabrication d’éventails en terre isarienne remonterait au XVIIIe siècle. Des écrits évoquent la fabrication de bois d’éventails à bas prix du côté de Méru, et on dénombrait 425 tabletiers dans cette ville en 1782.

En 1828, 24% des habitants de Méru travaillaient dans le secteur de la tabletterie, activité qui englobait plus largement le travail du bois, de l’os, de la nacre, de l’écaille dédiée à des fins utilitaire ou d’agrément (brosses, éventails, dominos, boutons…)

Les origines de cette implantation sur notre territoire ne sont pas encore connues avec précision. Quoi qu’il en soit, les tabletiers parisiens furent indéniablement les premiers investigateurs de cet artisanat, et les charrettes chargées de matières premières et reliant Dieppe à la capitale semblent avoir joué un rôle déterminant quand on parle de la création de ces ateliers du côté d’Andeville, de Sainte-Geneviève ou encore de Méru. 

Un métier en évolution

Les ouvriers et les artisans fabriquant ces merveilleux éventails s’organisaient sous plusieurs appellations. On parle ainsi d’éventailliste -plus spécifique- et de tabletier -plus général-.  

En 1678 à Paris, on trouve une communauté constituée de « maîtres-éventaillistes, faiseurs et compositeurs d’éventails », se définissant comme ceux qui unissaient « feuille et monture ».  

Au XVIIIe siècle, une évolution des règlements corporatifs amène quelques changements dans l’organisation de ces métiers. Luthiers et éventaillistes-tabletiers se regroupent et travaillent tous les bois d’éventails, la feuille étant en revanche fabriquée par des ouvriers que ces derniers employaient en sous-traitance en somme !  

Ainsi, peu à peu, il semblerait que les éventaillistes se soient vus retirer la fabrication de l’objet dans son intégralité, favorisant l’émergence de petits métiers complémentaires, venant animer nos campagnes du sud de l’Oise et parfaire aussi les techniques et les savoir-faire. Des éventails plus simples en os ou en bois ou des éventails d’apparat en écaille, en ivoire ou en ébène ? Pour chaque public, des créations différentes !

Des métiers pour un objet prestigieux

Pour réaliser ces objets tantôt simples et tantôt fabuleux, une même monture pouvait passer parfois entre huit mains différentes, avant d’arriver à Paris où les peintres, les brodeurs, les décorateurs et les commerçants finissaient d’accomplir sa fabrication et sa mise en vente !

Dans l’Oise, on trouvait ainsi des débiteurs -tâche ingrate et peu reconnue-, notamment à Hermes, puis des façonneurs, polisseurs, découpeurs et graveurs-sculpteurs entre Sainte-Geneviève et Méru.

Tous ces artisans jouaient un rôle crucial dans la fabrication de ces objets qui pouvaient faire figure d’exceptions ! La finition, selon la technicité et la richesse des décors, pouvait être aussi complétée par les gestes et les techniques d’un doreur, d’un pailleteur-riveur, d’un teinturier, d’un vernisseur ou encore d’un bijoutier.  

La feuille d’éventail elle-même faisait appel à de nombreux savoir-faire, tous aussi techniques et précis les uns que les autres. Cette mutualisation des techniques donnait ainsi à voir des objets d’une singulière richesse artisanale voire artistique !

La liaison Dieppe-Oise-Paris constituait ainsi un trio gagnant quand il s’agissait de faire appel à des sculpteurs dieppois reconnus notamment pour le travail de l’ivoire, aux vendeurs et aux peintres parisiens, mais aussi aux graveurs et découpeurs isariens. 

Une évolution des savoir-faire

Vers 1830, la réputation des ouvriers du Beauvaisis grandit. Rivalisent-ils alors avec les sculpteurs normands ?

Dans tous les cas, les historiens s’interrogent encore sur ce point, la fabrication d’éventails à Dieppe reculant alors étrangement au profit de celle du canton de Méru ! Dans les années 1850, des commentateurs soulignaient le manque d’originalité des dessins des ouvriers d’Andeville et de ses environs.

En 1880 à Sainte-Geneviève et en 1893 à Andeville, l’ouverture de deux écoles municipales de dessin, s’inscrivant dans un mouvement national en faveur des métiers d’art, semble porter ses fruits quelques années plus tard, consacrant des noms comme Vaillant, Henneguy, Bastard ou encore Cresson au panthéon des meilleurs ouvriers d’art d’Andeville, et qualifiant leur travail « d’artistique ». Dès lors, une frontière est marquée entre les ouvriers dits « classiques », et les ouvriers dits aussi « artistes »… 

L’évolution technique au service de la créativité

Des évolutions technologiques comme les scies circulaires pour débiter, mais aussi les petites scies fabriquées avec des ressorts de montre voient le jour dans les ateliers.

Chose étonnante, ces machines souvent conçues par les artisans eux-mêmes ! Aussi, les ateliers s’équipent de matériel spécifique, comme les découpoirs, ou encore la « machine à fabriquer les brins » nécessaires à la confection des montures…

Pour conclure…

La tutelle parisienne devenant lourde à porter, certains artisans se lancent seuls dans l’aventure parisienne, quittant l’Oise pour ouvrir de petites boutiques à Paris, là où se trouve la clientèle. Dès le début du XXe siècle, ces petits commerces deviennent prospères et le secteur d’Andeville est toujours un centre d’artisanat actif, avec de nombreux ateliers installés chez les habitants ! Malheureusement, la concurrence ne tarde pas à devenir rude…

Il y eut d’abord le savoir-faire unique de la Chine qui vint stimuler, mais aussi remettre en question la primauté des ateliers français. Toutefois, on s’accorde aujourd’hui pour dire que de nombreux échanges purent s’opérer entre les deux pays, les techniques évoluant aussi à notre avantage !  

Ensuite, vers 1920, il fallut désormais composer avec les pièces allemandes et autrichiennes qui rivalisaient avec les ateliers de l’Oise et de Paris dans le secteur du demi luxe. La concurrence des pays étrangers devint difficile à supporter, et l’éventail français, majoritairement vendu dans le sud de l’Europe, peinait alors à rester compétitif.

L’éventail haut de gamme fut de tout temps épargné, et les pièces signées furent toujours prisées. En lien avec la mode, les montures se simplifiaient et s’adaptaient aux goûts de la clientèle, gardant en mémoire les gestes d’autrefois comme autant de trésors à conserver. 

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